Loïc GERVAIS

Le numérique au cœur du lien social

Jacqueline et les pilules magiques

Jacqueline et les pilules magiques

Jacqueline a perdu son mari, il y a deux ans. Elle vit seule dans la maison familiale  près de la frontière suisse. Dans le temps, elle était secrétaire de direction dans une administration à Genève. Son mari, était cadre dans une banque, à Genève également.

Jacqueline a toujours été moderne. Elle utilise l’ordinateur depuis les années 80 et est autonome dans ses usages du quotidien. Elle estime n’avoir besoin de personne. Ce n’est pas l’avis de sa petite fille Rachel qui lui rend visite deux fois par semaine.

Rachel a remarqué que depuis quelques temps Jacqueline était de plus en plus vulnérable aux fausses informations qui circulent sur Facebook. Jacqueline a en effet acheté des pilules censées protéger du Coronavirus. Evidemment c’était de la supercherie. Ce n’est pas une question d’argent. Jacqueline n’a perdu que 150 euros. C’est beaucoup,c’est vrai mais Jacqueline a une retraite très confortable. Sa petite fille Rachel s’inquiète. Elle ne voudrait pas que sa grand-mère se fasse avoir par d’autres escrocs mais Jacqueline ne veut pas entendre ses mises en garde.

La mamie a du caractère et estime avoir passé l’âge qu’on lui dise ce qu’elle doit faire. Rachel craint vraiment qu’elle se fasse avoir. Elle vous sollicite pour savoir ce que vous pouvez faire pour aider Jacqueline.

Problématique

L’arnaque n’est pas un phénomène nouveau. Nous avons tous en tête ces images d’Épinal du Far West présentant des bonimenteurs vendant des lotions magiques. Les outils numériques ont donnée une nouvelle force de frappe à ces charlatans en augmentant de fait la masse de victimes potentielles.Il y a un enjeu à aiguiser l’esprit critique de l’internaute. Très souvent les actions en ce sens ciblent le jeune public oubliant que nos aînés sont victime d’arnaques au faux représentant d’EDF par exemple. 

Le préjudice n’est pas toujours matériel. La fausse information peut également avoir une visée à plus long terme et chercher à diffuser le doute, ce qui va au fil du temps renforcer sa puissance.Quoiqu’il en soit, être un internaute responsable mais également curieux,n’est pas inné,.Cela s’apprend et cela s’entretient tout au long de la vie.

Posséder certains savoir-faire ne dispense pas non plus de tout savoir ni de toute prudence. Internet n’échappe pas à la règle

 

Protocole de médiation

Le premier niveau d’accompagnement est celui de l’information. Celle-ci a un effet relativement limité en terme d’impact et ne se suffit pas à elle-même. L’information va prendre la forme d’affiches, de dépliants ou encore d’articles dans le magazine municipal en particulier.

Le numérique est parfois complexe à comprendre. Le vocabulaire est difficile, surtout celui de la cybercriminalité. Virus, hameçonnage, piratage, vol de données, arnaques sont autant de mots qui cachent des subtilités bien difficiles à appréhender. Que se passe-t-il quand vous répondez à un email frauduleux ? Les risques sont parfois difficiles à appréhender. Le termes arnaques  peut paraître virtuel. L’un des premiers enjeux est de le replacer dans le réel.

La sensibilisation doit être orientée vers le grand public. Les questions autour de la fabrique de l’information concernent tous les internautes à partir de 8 ans. Dès lors, Il faut apprendre à être capable d’analyser le résultat d’une recherche ou de vérifier la véracité d’une information. Il faut être capable également de connaitre les mécaniques généraux visant à nous piéger pour mieux les identifier et agir en conséquence.  Ces principes de précaution doivent devenir aussi naturels que  regarder avant de traverser la rue.

La sensibilisation va se faire le plus souvent par le biais de présentations orales en école, en bibliothèques, dans la salle des fêtes, au club du troisième âge. On pourra à cette occasion préparer des panneaux pédagogiques qui vont récapituler les principaux conseils. La sensibilisation viendra en complément de la manipulation. La durée d’une séance de sensibilisation doit être calibrée sur 50 minutes environ, soit la durée d’une heure d’intervention en établissement scolaire.

Dans tous les cas, il faut fournir des supports tangibles à l’issue d’une séance de sensibilisation. Ces supports vont rappeler les trois ou quatre  points importants de la séance. On pourra par exemple prévoir des quizz visant à débusquer une fausse information. Cela suppose de se poser une question simple en amont : qu’est-ce qu’il faut retenir de mon intervention ?

 

Formation

Pour ne pas laisser le numérique dans des univers virtuels, il est fondamental de faire. Le médiateur numérique prépare des ateliers de formation collectifs. Ces ateliers ont pour but de transmettre des compétences numérique autour de la fabrique de l’information en l’occurrence.. Ils vont d’autant mieux se dérouler si ils sont organisés dans un cadre convivial avant tout. Je préconise des effectifs réduits à 6 apprenants ce qui permet de prendre du temps pour chaque apprenant.

On pourra s’appuyer sur cette ressource de France 24 par exemple :

 

Globalement nos objectifs pédagogiques vont s’articuler autour de deux points essentiels : d’une par les conduites à risques numériques et d’autre part les techniques de vérification de l’information. Ce qui est fondamental c’est de fixer des objectifs réalistes au regard du temps et des publics auxquels on s’adresse. Bien entendu il faut être en capacité d’évaluer son action de formation.

 

Évaluation

Tout action de formation doit être évaluée. Pour cela il faut fixer des critères d’évaluation précis. Le thème est très vaste et l’ambition n’est pas de transformer nos papys et mamies en expert du fact-cheking.  Pour autant , on peut par exemple fixer l’objectif de reconnaître un mail frauduleux.

Chacun de ces critères doit pouvoir être mesuré de manière objective. Par exemple, l’apprenant devra identifier parmi 10 mails ceux qui sont frauduleux sans savoir combien il y en a. Si il parvient à identifier 75% d’entre eux au minimum, alors la compétence est considérée comme acquise. Mais même si elle acquise à l’instant T, il faudra s’entraîner pour ne pas la perdre. Il n’est pas interdit d’imaginer des évaluations à froid. Or, la médiation numérique ne se résume pas à des évaluations formatives à chaud, ou à froid comme le montre l’exemple ci dessous.

 

Inspiration

Les personnes les plus en difficulté avec le numérique sont souvent des personnes isolées socialement. Tout ce qui va être prétexte à l’échange apportera une plus-value. Ainsi, nous pouvons créer des cercles d’échanges informatiques. J’ai eu le plaisir d’en animer un il y a quelques années. Le premier objectif est de créer un moment convivial, un espace de partage autour de l’informatique. Je me suis rapproché d’un club des aînés. La demande d’assistance était tellement forte qu’il était évident que je ne pourrai pas la couvrir seul. Or, le plus souvent les personnes avaient juste besoin d’être rassurées. L’un des retraités était même informaticien de profession. Avec son appui nous avons mis en place ce cercle d’échange informatique, à raison d’une fois tous les quinze jours.

Pendant une heure et demi autour d’un café et de petits gâteaux Bernard et moi répondions aux petits tracas informatiques du quotidien. Petit à petit, je me suis effacé jusqu’à ne venir que sur le dernier quart d’heure. Un petit groupe d’une dizaine de réguliers s’était ainsi formé et évoluait entre pairs.  Ces rendez-vous réguliers ont permis de dédramatiser le numérique, le tout dans une ambiance conviviale et détendue. Ensemble nous avons exploré  des territoires numériques inconnus. C’est comme ça que nous nous sommes retrouvés avec mon petit groupe à contribuer au rapport Ambition Numérique

Après deux ou trois tweets, deux bonnes heures d’échange et un compte rendu en bonne et due forme, mon groupe de « déconnectés » a eu les honneurs de la lettre d’information du Conseil National du Numérique. La fierté dans leur regard,  était bien plus importante que n’importe quelle manipulation informatique. On les avait écouté. On avait fait avec eux. Sur un sujet qui les concernait au premier chef.

 

Médiation

Revenons à Jacqueline. Elle estime ne pas avoir besoin d’aide et ce n’est pas elle qui fait la démarche mais sa petit-fille Rachel. C’est important à garder à l’esprit car rien ne nous dit que Jacqueline a perdu toute capacité de jugement. Elle a parfaitement le droit de vouloir jeter 150 € par la fenêtre dans des produits sans effets. Le médiateur numérique, n’a pas à intervenir à ce stade. Par contre la demande de Rachel peut être traitée. Il est possible effectivement accompagner Rachel pour lui donner les clefs nécessaires de médiation numérique vis à vis de sa grand-mère. 

D’une manière générale le médiateur numérique peut même modéliser une action à destination des aidants pour qu’ils intègrent ces questions numériques.Mais il ne peut pas faire grand chose seuls. Que faire en effet si Jacqueline est effectivement victime d’arnaque ? Les médiateurs numériques ne sont ni gendarmes, ni travailleurs sociaux, ni auxiliaires de justice.  Leur travail consiste à  rappeler que l’éducation à l’information ne concerne pas que les jeunes. Elle ne se résume pas non plus à une intervention en classe d’une heure. Quand nous regardons comment est fabriquée l’information, nous pouvons comprendre l’intérêt de certains à propager de fausses informations.

A leur manière,les médiateurs numériques sont des garants du pacte républicain.


2 réponses à “Jacqueline et les pilules magiques”

  1. Bonjour,

    J’ai fait la même démarche pendant des années avec le café du net : prévention sans stigmatiser et les soirées tupperweb aussi

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