Pour une politique publique de la médiation numérique

L’un des enjeux fondamentaux de notre société numérique est de parvenir à en faire une société inclusive. Pour ce faire il me paraît important de mettre en place une politique publique de la société numérique. Cette politique publique s’entend à tous les niveaux : de la collectivité locale à l’état. De son côté, l’état doit dans les mois à venir définir ses axes stratégiques en la matière. En ce qui concerne les collectivités, cela reste une option, une variable d’ajustement rattaché à un schéma directeur lui-même facultatif.

” Dans les domaines de compétence que la loi leur attribue, les conseils départementaux ou régionaux peuvent établir une stratégie de développement des usages et services numériques sur leur territoire. Cette stratégie, à valeur indicative, constitue un volet du schéma directeur territorial d’aménagement numérique. Elle vise à favoriser l’équilibre de l’offre de services numériques sur le territoire ainsi que la mise en place de ressources mutualisées, publiques et privées, notamment en matière de médiation numérique. Le projet de stratégie peut faire l’objet d’une concertation pour recueillir les observations du public.

Pour autant à travers ce billet je voudrais exprimer l’importance d’une telle politique.

Des services sans usages.

 

L’une des tendances que j’observe dans les collectivités est le recours à une application comme solution à un problème donné. Si des difficultés de communication entre l’école et les parents existe, on propose une application pour pallier ce problème. Idem pour des transports domicile-travail, des problèmes de voisinage, de voirie et d’autres encore. Sauf que dans la majorité des cas ces solutions sont inefficaces car elles ne sont pas accompagnées, faute de médiateur numérique. Prenons un exemple. D’ici 2019 tout le monde devra obligatoirement déclarer et payer ses impôts par internet. Il y a peu de chances que cette mesure prise par Emmanuel Macron en tant que ministre de l’économie soit remise en cause. En 2016 50% des foyers fiscaux ont effectué leurs déclarations par internet (source Portail de la modernisation de l’action publique). Cette possibilité est ouverte depuis 2005 toute de même. Il me paraît illusoire de penser que les 50% des foyers fiscaux ne déclarant pas leurs impôts par internet vont le faire dans les trois années à venir. Il y a plusieurs points d’écueil à lever qui concerne les 15% de la population n’ayant aucun accès à Internet d’une part et les 40% des internautes  affirmant être en difficulté dans leurs démarches en ligne d’autre part. Pour ces publics en difficulté,il faut trouver une solution. Soit en permettant la déclaration papiers pour les personnes se signalant à l’administration, soit en proposant un accompagnement à cette déclaration en particulier. La première option est destinée à disparaître au fil des années. Ou alors les administrations mettront en place des pénalités pour les personnes ayant recours au papier dans leurs démarches. Proposer un accompagnement pose une question simple : celui du financement, et de sa prise en charge.

 

Analyse coût bénéfices d’un médiateur numérique

 

Dès qu’on aborde cette question, on se heurte systématiquement à des réflexes sur le coût des solutions. A aucun moment, on intègre l’apport (y compris économique) de la solution. Il me paraît donc utile de faire une petite analyse coût bénéfice d’un médiateur numérique. Un médiateur numérique coûte moins de 3 000 € par mois charge comprise à son employeur. On peut missionner ce médiateur numérique sur des temps d’activité pédagogique dans le cadre de la réforme des rythmes scolaires par exemple. A raison de 6 heures par semaine à animer des activités robotiques (pour lesquelles les collectivités peinent à trouver des intervenants), on peut valoriser le bénéfice du médiateur numérique à 1000 € par mois, soit un tiers de son coût. Si on affecte 4 heures par semaine à la formation des agents de la collectivité aux outils numériques, on évite à nouveau 1000 € de dépenses par mois sur ces besoins (sans compter les frais de déplacement). Enfin si on affecte 3 heures par semaine à de la veille prospective sur les changements induits par le numérique sur la société, on amortit allègrement le troisième tiers du coût de l’animateur. En somme on peut “rentabiliser” (je m’excuse auprès de mes collègues pour le choix de ce terme) un médiateur numérique sur un tiers de son temps, les deux tiers restants ne sont que bénéfices.

 

Numérique pour tous ?

Notre mission est d’accompagner tous les publics aux transformations de la société numérique. Bien entendu nous sommes capables d’accompagner les publics en difficulté sur la manipulation des outils, c’est la base notre métier. Mais nous pouvons également accompagner les artisans, les entreprises du territoire. Nous pouvons éclairer nos collectivité sur les enjeux de l’open data, de l’uberisation, du télétravail, de la société collaborative. Les questions ne manqueront pas de se poser. Le médiateur numérique saura vous éclairer dans les choix possibles.

 

 

 

 

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