Littératie numérique pour tous

41785_16720836937_6242187_nQuand on évoque la question des besoins de formation en matière de numérique on pense naturellement à ce rapport publié par Syntec Numérique qui identifie plus de 36 000 créations d’emploi nettes d’ici 2018 dans les secteurs liés au numérique. On pense aussi à ces initiatives qui visent à introduire l’enseignement du code informatique à l’école dès le primaire et les formations “à la carte” à la manière de 42 de Xavier Niel ou de Simplon pour ne prendre que des exemples parmi les plus emblématiques en la matière. Et même si l’enjeu est considérable, ce besoin en termes de compétences techniques spécifiques ne représente que la face immergée de l’iceberg.

Continue reading “Littératie numérique pour tous”

Quand nos données font leurs deniers

Auteur : Leonora Enking Licence BY-SA
Auteur : Leonora Enking Licence BY-SA

L’actualité récente liée au “Celebgate” (pour mémoire le vol de photos coquines de plusieurs célébrités) est riche de plusieurs enseignements. Les stars victimes de ce vol sont des digiborigènes. Agées de vingt ans, elles sont nées avec la génération internet et smartphone et force est de constater que cela ne les a pas spécialement rendues plus compétentes dans les mondes numériques. Si au moins cette affaire pouvait balayer l’idée que parce qu’on a vingt cinq ans on est forcément à l’aise avec les réseaux sociaux et les univers numériques cela serait pas mal. Mais quels sont les éléments qu’elles auraient pu apprendre autrement qu’à leurs dépends ?

Continue reading “Quand nos données font leurs deniers”

Portrait d’usager : Nadège

Auteur : Spirit-Fire. Licence : By
Auteur : Spirit-Fire. Licence : By

Après vous avoir dressé le portrait de Toni, je vous propose celui de Nadège. Comme précédemment, les identités sont fictives, mais les cas sont réels et comme le mentionne Allisson Gaulier dans son commentaire, il ne s’agît pas de cas isolé, mais de ce que l’on pourrait considérer comme des archétypes. Pour ce portrait, j’utilise la méthode du cadavre exquis en prenant des éléments de plusieurs usagers pour n’en faire qu’un seul, l’usager connecté. Cet usager connecté est intéressant à double titre car il nous interpelle d’une part sur le regard que nous posons sur ceux qui ne sont pas isolés des mondes numériques. D’autre part, il remet en cause la notion de lieu. Dans la consultation médiation numérique, il est fait référence aux “lieux de médiation numérique qui assurent une fonction d’accueil public, offrent un accès à l’Internet et de proposent un accompagnement humain averti et qualifié pour permettre aux citoyens de s’approprier les technologies numériques”. A cette notion de lieu, je préfère lui substituer la notion d’espace.

Continue reading “Portrait d’usager : Nadège”

Peut on éduquer au numérique ?

rallye sante (6)Il y a quelques jours, je participais à une rencontre avec des professeurs de collège quand l’un d’eux me demanda si je pouvais faire une présentation sur les réseaux sociaux. Assez naturellement je lui ai demandé ce qu’il entendait par là.

« Dans le Collège, nous avons des soucis liés à l’utilisation des réseaux sociaux, il y a des bagarres qui ont lieu dans la cour d’école à cause des réseaux sociaux, et surtout de Facebook. Le Collège aimerait que tu expliques aux jeunes qu’ils ne peuvent pas faire n’importe quoi, dire n’importe quoi sur Facebook. »

Je me questionne sérieusement sur la capacité des adultes qui interviennent dans un Collège à vivre dans notre monde. Comment se fait il que des professeurs ne se sentent pas armés au point de devoir faire appel à un « expert » (je cite) pour évoquer ce genre de problèmes.

Quel est le problème au fait ?

A bien regarder, il me semble que le problème n’est à la base qu’un problème d’apprentissage de la vie en société. Ce genre de problème chez un collégien, ne me semble en rien extraordinaire. Si deux jeunes s’insultent dans la rue et se bagarrent ensuite dans la cour, va-t-on chercher un éducateur de rue pour faire un laïus sur ce qu’il ne faut pas faire dans la rue ? A priori, non. De cet angle là, je ne vois pas ce que je vais bien pouvoir leur raconter aux jeunes : « Attention, ne vous insultez pas sur Facebook, c’est pas bien ». Éduquer au numérique, ce n’est pas ça, en tout cas ce n’est pas ma conception des choses.

Quelle est la solution ?

Le plus ennuyeux dans cette histoire est finalement la solution envisagée à l’origine par l’établissement : faire appel à une association de lutte contre la pédopornographie sur internet pour sensibiliser les élèves de quatrième aux dangers sur internet. Passons sur le fait que la dite association n’intervienne plus en France et que de surcroît elle est fortement décriée, y compris dans le milieu enseignant. Comment passe t-on d’un problème mineur (des insultes dans la cour) à une solution aussi radicale ? Là encore, un peu de jugement et de recul permettraient de constater le fossé qu’il y a entre le problème et les moyens envisagés pour y pallier.

Intégrer le numérique

La solution la plus pertinente qui m’apparaît pour éduquer au numérique est d’intégrer le numérique dans la pédagogie, pour que le numérique devienne naturel.  Que le médiateur numérique soit sollicité sur cette question me paraît être une porte d’entrée légitime.  cette intégration du numérique dans la pédagogie suppose d’abord que le numérique soit autoriser à entrer dans les établissements. Pour la petite histoire, j’ai préparé mon intervention sur Twitter avec quelques élèves du collège en question, et bien entendu Twitter n’est pas accessible dans ce collège..

L’EPN un acteur du numérique ?

Ce jeudi 22 novembre Renaissance Numérique a animé une série de débats participatifs réunissant 400 acteurs du numérique autour de la question : le numérique pour sortir de la crise. Ce qui m’a intrigué dans cette rencontre (comme dans d’autres rencontres du même acabit) c’est l’absence des Espaces Publics Numériques. D’où une interrogation simple : les Espaces Publics Numériques peuvent ils être considérés comme des acteurs du numérique ? Question à laquelle je réponds bien évidemment oui.

Continue reading “L’EPN un acteur du numérique ?”

Pôle Emploi et l’accompagnement aux usages numériques

Entrée Chomeurs / Ingang Werklozen

Je voudrais par le biais de ce billet te remercier pour tous les usagers que tu m’envoies quotidiennement dans mon Espace Public Numérique. Il n’est pas un jour sans que quelqu’un n’arrive avec cette phrase magique “c’est Pôle Emploi qui m’envoie”. Il est vrai qu’à la vue de notre territoire commun, la probabilité qu’un usager de l’Espace Numérique n’arrive recommandé par nos soins dans ton agence n’est pas loin d’être nulle.

Continue reading “Pôle Emploi et l’accompagnement aux usages numériques”

Veille. Sois dans les réseaux.

Veille St Girons 3

Premier billet d’un série consacrée aux 5 mots clefs de la médiation numérique que je propose dans cette présentation. La curiosité devrait être la principale qualité recherchée pour un médiateur numérique. Cette curiosité se traduit, à mon sens, dans la mise en place d’une veille. Cette veille doit se concevoir en ligne et hors ligne.

Continue reading “Veille. Sois dans les réseaux.”

Eduquer au numérique, les enseignants ne sont pas seuls

Four Laptops Per Child« Plus de 4000 lieux publics d’accès à l’internet sont ouverts en France, dans lesquels un ou plusieurs animateurs multimédias accompagnent, initient chacun à maîtriser et bien utiliser ces outils et services offerts par internet et plus largement par les technologies de l’information et de la communication.»

(Netpublic.fr)

 

Des ressources locales

Ces lieux d’accès publics à internet plus communément appelés Espaces Publics Numériques (EPN) sont souvent des lieux financés par les collectivités locales. Ces EPN ont toute légitimité pour accompagner les enseignants dans leur approche personnelles des mondes numériques. Au-delà des enseignants, les EPN peuvent s’inscrire parfaitement dans une dynamique locale. Depuis de nombreuses années les EPN s’inscrivent dans des campagnes nationales visant à réduire la fracture des usages numériques.

Ainsi en février les EPN sont invités à proposer des animations en lien avec le programme « Internet plus sur » (Safer Internet Day) destiné à promouvoir une utilisation plus sûre et plus responsable de l’Internet fixe et mobile chez les jeunes. Comment ne pas y voir un lien évident avec le module « naviguer dans un environnement plus sur » du B2i ?

Le numérique pour tous

Au-delà de la formation des enfants à un usage maîtrisé des nouvelles technologies, il est primordial que ces notions puissent s’exporter en dehors de l’école. Pour ce faire, il me paraît primordial d’associer les parents à la démarche. Les parents sont parfois en recherche de clefs de lecture des usages numériques, ils se sentent parfois dépassés et se rangent derrière la soit-disante maîtrise technique de leurs enfants pour ne pas les accompagner dans leurs usages numériques. Là encore, l’EPN est un interlocuteur naturel pour conforter le parent dans son rôle pédagogique vis à vis des nouvelles technologies. Il ne s’agît pas d’apprendre aux parents à Twitter, mais à les aider à comprendre ce que font leurs enfants dans les mondes numériques pour qu’ils puissent mieux se positionner. Bien entendu une initiation à Twitter est toujours possible dans un EPN.

A propos de l’utilisation d’un service web ou d’un logiciel, l’EPN peut accompagner l’adulte dans sa prise en main de l’outil. Demain, un enseignant d’une commune souhaite utiliser Twitter en classe. En venant dans un EPN, il pourra comprendre le fonctionnement de Twitter et apprendre à s’en servir. Il pourra bénéficier en outre de la veille qu’il effectue pour être mis en lien avec des collègues enseignants qui utilisent déjà Twitter. Enfin, il pourra solliciter l’EPN sur une fonctionnalité précise de l’outil dans 3 ou 4 mois. Charge à l’enseignant de savoir ensuite comment il va l’utiliser dans sa classe. Et pourquoi ne pas s’appuyer sur l’EPN quand la collectivité va équiper ses écoles de tablettes tactiles ? L’EPN accompagne des seniors, des demandeurs d’emplois, des personnes illettrées, des personnes en situation de handicap aux usages numériques, pourquoi ne pourrait il pas accompagner les enseignants ? Cette question se pose d’autant plus lorsque dans l’EPN de votre commune le médiateur numérique est titulaire du C2i2e éducation…

« L’école ne s’arrête pas à ses murs » déclarait Vincent PEILLON à l’assemblée de Ludovia2012, franchira t-elle la porte des EPN ?

 

 

Une année numérique

Digital Design: Light PaintingL’année qui vient de s’écouler aura été celle de la naissance de la médiation numérique, concrétisée notamment par les assises de la médiation numérique à Ajaccio mais aussi par les rencontres d’Autrans en début de ce mois de janvier. Si les avis divergent sur la définition de la médiation numérique, il y a cependant consensus pour affirmer que l’éducation aux outils et enjeux du numérique est une priorité.

Une démarche de territoire

J’entends par “médiation numérique”, les processus ou dispositifs qui utilisent le numérique comme outil ou levier. Le numérique n’est, à mon sens, pas une fin en soit mais un moyen. Le rôle du médiateur numérique est de proposer les outils numériques qui vont permettre à un projet de mieux se réaliser. Le numérique devrait être inscrit de fait dans tous les projets de l’action sociale. L’utilisation des outils numériques impliquent des compétences techniques d’une part, mais aussi et surtout une nouvelle approche dans la méthodologie de travail. Le médiateur numérique est celui qui s’inscrit dans cette démarche d’intelligence collective en apportant un outil dont la transversalité va favoriser le travail en réseau. Il est ainsi le trait d’union entre les différents acteurs d’un projet et utilise le numérique dans le but de bonifier le projet. C’est ainsi que je définirais le rôle du médiateur numérique en paraphrasant l’étymologie du terme.

Un outil de cohésion sociale

Le numérique est omniprésent dans notre société. A titre d’exemple nous avons échangés plus d’un milliard de sms dans la nuit du 31 décembre ! Ne pas se servir du numérique c’est être en marge de la société. C’est pour cela que le médiateur numérique, agent de cohésion sociale, doit focaliser son attention sur les publics éloignés.Le défi du médiateur est d’accompagner la société dans sa mutation. La “révolution numérique” est à mon sens la manifestation de cette évolution.

Un défi de société

La médiation numérique ne semble être qu’une affaire de professionnels. Les propositions des candidats à l’élection présidentielle font peu référence à cette préoccupation. Le numérique est avant tout abordé sous l’aspect économique. Les instances représentatives nationales, comme le Conseil National du Numérique, n’intègrent pas de représentants de la médiation numérique. Pour autant l’éducation aux usages du numérique est incluse dans les propositions (programmes ?) des principaux candidats à l’élection présidentielle, mais son approche est souvent réduite  l’aspect scolaire de la chose.

Vœu numérique

En cette période propice aux vœux, je formule le souhait que la médiation numérique puisse devenir une préoccupation majeure de nos élus. En tant qu’acteurs du monde du numérique, nous disposons de l’intelligence collective pour nous faire entendre. Il nous reste à trouver les moyens pour y parvenir. Gageons que le livre blanc sur la médiation numérique pourra être la base de notre manifeste.

De l’animateur multimédia au médiateur numérique

L’animateur multimédia

L’animateur multimédia est généralement présenté comme un pédagogue doublé d’un technicien. Ainsi sur le site du CIDJ ” activités éducatives, artistiques, ludiques, techniques, lui servent d’applications pédagogiques pour ses « élèves ». Il procède à ses activités d’enseignement, d’accompagnement individuel ou collectif en organisant des ateliers. Il conseille, explique, démontre par l’exemple et propose divers exercices d’application. Explications du fonctionnement et du maniement des outils et familiarisation des principaux usages de l’internet constituent le « plat de résistance » de son métier. L’animateur remplit aussi une activité de maintenance courante du matériel et des logiciels des postes informatiques. “

Sortie de son contexte cette définition pourrait faire penser à celle d’un professeur en nouvelles technologies.  Si l’apprentissage des nouvelles technologies est effectivement l’une des composantes de ce métier, l’animateur multimédia n’est pas le seul professionnel à intervenir sur ce domaine.

Le médiateur numérique

Au sein d’un même territoire, de nombreux acteurs sont concernés par l’apprentissage des nouvelles technologies, en premier lieu l’éducation nationale et les organismes de formation. Cet apprentissage démarre dès le primaire par l’intermédiaire du Brevet Informatique et Internet. Le module 2 (adopter une attitude responsable) de ce B2i est souvent celui qui pose le plus de difficulté dans sa transmission, et les écoles sont nombreuses à faire appel à des intervenants extérieurs. Le profil de ces intervenants montre bien l’étendu des notions à appréhender pour bâtir une culture numérique de base. Parfois il est fait appel à la Gendarmerie (ou à la Police), parfois à des prestataires privés dépendant de grosses sociétés américaines, parfois à des associations locales, et parfois même à des animateurs multimédias.

Le rôle du médiateur numérique est de pouvoir fédérer l’ensemble de ces acteurs autour d’une définition de la culture numérique de proximité. A cet effet cette culture numérique doit s’envisager tout au long de la vie et être le reflet d’une politique locale coordonnée. C’est en ce sens, à mon avis, qu’il faut parler de médiation numérique et non d’animation multimédia.

Peut-être aurons nous le plaisir d’en débattre aux Assises de la Médiation Numérique ?