5 octobre 2022
pièces d'éches sur un échiquerier. le roi blanc est en position d'échec et mat

Pour une vraie stratégie d’inclusion numérique

Elizabeth Borne vient de communiquer la liste de son nouveau gouvernement.  Je ne suis pas certain  que le nouveau ministre délégué à la transition  numérique, qu’on présente  comme peu spécialiste de la questions   sollicite mon avis sur les enjeux d’inclusion numérique. D’autant que je ne suis même pas certains que cela soit lui qui récupère le portefeuille de l’inclusion numérique. Dans le doute je prends les devant pour proposer une vraie stratégie d’inclusion numérique. La première du genre a été conduite par Mounir Majhoubi en 2018 et a au moins le mérite d’exister. Le confinement sec de mars 2020 et le volet inclusion numérique du plan France Relance dévoilé en septembre 2020 sont venus complètement redistribuer les cartes.

Voici donc ma contribution pour une version 2.0 d’une vraie stratégie d’inclusion numérique d’Etat.

Définir le sens

Tout est question de vocable. Souhaitons nous faire de l’inclusion au numérique ou de l’inclusion par le numérique ? C’est cette question simple qui va régir toute la politique du gouvernement en la matière. Le numérique est il une finalité ou un moyen ? Pour reprendre une formule du Président, il convient d’agit sur les deux tempos en même temps. Pour l’instant, j’ai le sentiment que l’accent a surtout été mis sur les aspects opérationnels sans démarrer réellement les champs structurels. Or la médiation numérique c’est permettre à chacun de s’emparer du numérique pour en faire une opportunité. Cela s’inscrit nécessairement dans le temps long.

L’axe structurel demande un préalable incontournable : celui d’inscrire la médiation numérique dans la durée. Cela fait 25 ans qu’on travaille sur la question à géométrie variable. La principale chose qui a manqué c’est de la continuité. Il faut sortir de la logique d’appel à projets, de financement de postes sur deux ans pour inscrire des financements pérennes sur le champ de la médiation numérique.

Définir la cible

Toute la stratégie de 2018 repose sur le chiffre de 13 millions de Français éloignés du numérique, chiffre issu d’une statistique de l’INSEE de 2016. Autant dire que ce chiffre ne veut plus rien dire. 1/ 3 des Français a déjà renoncé à une démarche en ligne , 2,5 millions des TPE sont en difficulté, même à l’Assemblée Nationale on compte plus de 500 Députés éloignés du numérique…Aujourd’hui la question n’est plus de savoir qui il faut cibler dans la mesure où l’ensemble de la population est concernée. Des politiques sont d’ailleurs déjà existantes dans la Santé, l’Education, le renouveau démocratique, les séniors, le handicap et bien sur la Défense. Nous pouvons consacrer les énergies sur les plus éloignés du numérique. Mais là encore il convient de se poser les bonnes questions.

Quand 2/3 appréhendent leur déclaration d’impôts par internet , on est en droit de se demander si ce sont eux qui sont éloignés du numérique ou si c’est le numérique qui les éloignent du reste de la société. Je l’ai évoqué dans un article précédent (Mon guide de la dématérilisation, ) , il y a une sérieuse remise en question à faire pour que le numérique fonctionne correctement

Fixer des objectifs

« A quel moment puis-je considérer qu’une personne éloignée du numérique ne l’est plus ?  » Cette question simple je la pose depuis la présentation du volet inclusion numérique du plan France Relance. Personne n’est en mesure d’y répondre. Par contre tout le monde est capable de me citer le montant de l’argent public mobilisé en ce sens. On a ainsi mis 250 millions d’euros sur la table sans fixer d’objectifs, ni de critères d’évaluation autre que l’embauche de 4 000 conseillers numériques (par ailleurs nécessaires) .

Dans son programme présidentiel Emmanuel MACRON propose « 20 000 accompagnateurs pour aider les Français qui en ont besoin dans la maîtrise des outils numériques et leurs démarches quotidiennes ». Concrètement qu’est-ce que cela signifie ?

Pour répondre au défi, il faut des hommes, des lieux et des machines. Les trois existent. Ce qui fait que cela ne fonctionne pas c’est le manque de réflexion dans la gestion  de projet. Prenons l’exemple du dispositif « Ma Prime Rénov' »

Le dispositif est complexe et mal foutu, le site est mal fait également. La brochure de l’Agence Nationale de l’Habitat invite les personnes en difficulté à se faire accompagner dans une Maison France Services. Sauf que les Maisons France Service ne sont pas habilitées pour cet accompagnement. On a  un dispositif de l’Etat qui demande de la médiation numérique qui ne peut pas se faire dans un autre dispositif de l’Etat dont c’est la mission tout ça parce que personne n’y a pensé. Ce qui vaut pour la prime Rénov’ vaut pour l’activation de Mon Espace Santé également.

Ecoutez

Sur le précédent quinquennat , on a sollicité des avis à de nombreuses reprises. En a t’on tenu compte ?. On communique à coup de chiffre, sans donner du sens à ce qu’on fait. Le cœur du métier de médiateur numérique c’est de donner du sens à la chose numérique, c’est de faire du numérique un objet commun. La question essentielle qui m’anime depuis des années c’est en quoi le numérique peut il (éventuellement) être un vecteur d’émancipation pour chacune et chacun d’entre nous. La réponse se trouve dans la diffusion d’éléments de littératie sur le long terme. Comme souvent, cela implique de revoir les procédés, les équipes, les manières de faire, d’accepter de ne plus être le « gardien du temple ». Le défi est bien de faire du numérique un vecteur de transition sociale, écologique, économique, politique et culturelle.

 

 

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